Le Fils de Mogador - David Bensoussan
Auteur: David Bensoussan
Préface de Asher Knafo

Alain revit ce que sa mémoire a pu retenir de Mogador. Des événements et des impressions ressortent tels des affluents qui viennent alimenter aujourd'hui encore la personne qu'Alain est devenue. Ils sont le reflet d'un monde disparu à tout jamais et qui renaît de ses cendres dispersées aux quatre coins du monde.
Le flot des souvenirs fend l'écume des vagues aux puissants grondements qui viennent se fracasser sur les murailles de la ville dans un ressac perpétuel, avant de se retirer en chuintant sur le sable des plages ensoleillées de l'enfance.

Avant-propos de l'auteur

La ville de Mogador (Essaouira) connut autrefois ses heures de gloire sur les plans économique et culturel. Les Juifs, qui formaient quasiment la majorité de la population sont aujourd'hui dispersés de par le monde. Leur destinée est àl'image de celle des Juifs du Maroc qui ont laissé derrière eux un passé qui a eu certes ses moments difficiles mais qui a également connu des moments d'un épanouissement culturel intense.
Alain a quitté la ville à l'âge de dix ans. Il y est retourné le temps d'un week-end à l'âge de dix-sept ans avant de quitter le Maroc. Il n'y est plus retourné depuis. Cette ville qu'il avait connue et qu'il pensait avoir oublié se révèle à lui au fil des rencontres qui font revivre en lui des souvenirs et des impressions qu'il croyait éteints. Jusqu'à quel point est-il possible de pouvoir se rappeler de son environnement d'enfant ? Chacun de ses souvenirs, aussi vague fut-il, se trouve corroboré par un détail anodin, une conversation ou une rencontre avec un ressortissant de la ville et Alain les revit à nouveau pleinement.
L'effort d'Alain de reconstituer le monde de son enfance est celui de nombreux nostalgiques qui évoquent à l'occasion la vie des Juifs anglicisés, les rabbins et les juges rabbiniques inspirant le respect, les orchestres de musique andalouse, la truculence régnant dans le quartier juif du Mellah, les professeurs d'école qui sont entrés dans la légende de leur vivant, les boutiquiers et les artisans, tous héritiers d'une histoire millénaire en terre d'Afrique.
Cet ouvrage vient rendre hommage à tous ceux qui ont connu et aimé la ville. A l'heure où la ville natale ne devient qu'un souvenir de plus en plus vague, il a été jugé utile de reconstituer la ville dans ses moindres recoins. Cette reconstitution est par instants exhaustive et éveillera certainement des souvenirs auprès des seuls ressortissants de la ville. Mais l'ensemble des brèves narrations vise plutôt à esquisser la culture du monde de jadis, l'atmosphère qui régnait dans la ville et d'autre part à faire état de la fierté et de l'optimisme inébranlables de nos ineffables Mogadoriens.
Mes remerciements vont à tous ceux de la vieille génération que j'ai eu le bonheur d'écouter enfant et à tous ceux qui, de près ou de loin, ont partagé avec moi leur amour de la ville et enrichi ainsi ma connaissance. Plus particulièrement, j'aimerai remercier Madame Michèle Caudan, l'arrière-petite fille du légendaire Peppé Ratto et Monsieur Haïm Melca, le petit-fils du non-moins légendaire Rabbi Yossef Melca de la synagogue Attia de m'avoir encouragé à illustrer l'ouvrage et de m'avoir envoyé de très belles illustrations de la ville.
Fasse que les nouvelles générations puissent apprécier le miracle par lequel ni la précarité économique ni la condition de minoritaire et de bouc émissaire en temps de crise n'ont pu venir à bout de la vaillante communauté juive de Mogador qui a su conserver une vie intérieure riche en couleurs et en traditions, une vie si intense qu'elle a pu voguer tous pavillons déployés contre vents et marées.

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