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AU LECTEUR
J'ai vu fleurir la haine au pays des nazis, Et toute une nation subir la virulence De l'acide rongeur qu'en ses discours lui lance Un bouffon démentiel en guise de lazzi. Ce pitre malfaisant,par la fureur saisi, Prêchant la délation, le meurtre et la violence, J'ai senti que mon front, malgré ma nonchalance, De honte et de dégoût, devenait cramoisi. Le fouet satirique, entre mes mains
débiles, Vae soli Sans femme pour sourire à son regard morose Et répandre en son coeur la tendresse des fleurs, Sans ami dont la paume imprime la chaleur D'une amitié cordiale à la main qui s'y pose, ll vit seul. Et c'est là qu'il faut chercher la cause De ce déchaînement d'universels malheurs Qui font verser le sang et répandre les pleurs Quand la calamité, de par son ordre, explose. Un signe terrifiant, sur son front,
est empreint, C'est un dégénéré qu'un pied-bot embarrasse, Au profil anguleux, au corps maigre et chétif, Avec le regard torve et le rire furtif D'un criminel sournois, apeuré mais vorace. Il n'a de l'aryen blond ni symptôme ni trace ; Son auteur l'a bâclé comme un travail hâtif, Et c'est ce sous-produit d'un amour fugitif Le régénérateur idéal de la race. Il a le sentiment du mépris
dédaigneux O Sacripants Abjects, Sagouins Abominables, Saligauds Accomplis et Sanglants Aboyeurs, Sycophantes Amers, Serviles Agresseurs, Spadassins Attirés aux crimes innombrables, Sordides Assassins et Saigneurs Abrutis, Sicaires Affamés, Sanguinaires Arsouilles, Sinistres Arlequins, Stercoraires Andouilles, Qui repaissez de sang vos Sanglants Appétits, Sauvages Argousins et Sectaires
Atroces, Entre les qlauques eaux se meut un fuseau bistre Silencieux et sournois, tout pareil au requin. Sa marche cauteleuse est celle d'un coquin Préparant pour un meurtre quelque surin sinistre. Ni fifre ni tambour, ni trompette ni sistre, Ne rythment sa besogne. Un silence mesquin Le suit dans ses ébats, de Hambourg à Pékin, Quand pour la Mort il ouvre, en servile ministre. Il va semant la mine invisible au
regard, Tout la-bas, quelque part dans la triste Allemagne, L'Enfer est dénommé: Camp de Concentration. Pour les seuls innocents, ce lieu de détention. Est, ainsi qu'il se doit, plus cruel que le bagne. Mal nourris de déchets, couchés sur des grabats - Quand ce n'est sur le sol -, dans d'infâmes baraques, Les prisonniers fourbus que l'on torture et traque Doivent, le long des nuits, aux rats livrer combat. Leur moment de repos est un vain simulacre Interrompu souvent par un gardien joyeux Qui projette un rayon de lumière en leurs yeux Trouvant à leur supplice une jouissance âcre. La nuit, ce n'est pour eux qu'un cauchemar total, Qu'un rêve entrecoupé de visions horribles. Et le jour leur réserve un sort des plus terribles Réglé par un sadique ingénieux et brutal. Le travail harassant, durant de longues heures, Double de ce que fait le commun des humains, Qui leur brise l'épaule et leur meurtrit les mains, Paraît une odieuse et sinistre gageure. Les geôliers sont là, spécialement dressés Pour faire dans le camp cette besogne infâme De les frapper au corps et de blesser leur âme En donnant libre cours à leurs pervers excès. Leur sourire est hideux, et siniste leur blague, Maniant le gourdin comme on fait d'un jouet, Frappant de leur matraque, appliquant le fouet, Ils ne semblent heureux qu'en donnant de la schlague. Ici, la botte est reine, et le coup de pied, roi. Et surs d'etre impunis, avec un air bravache, Ils semblent s'amuser de voir, sous la cravache, Un visage cinglé se convulser d'effroi. Vingt-cinq coups de fouet pour quiconque veut boire, Si c'est un aryen blond. Soixante pour un juif, Quand on ne saute pas au-delà du tarif Lorsqu'un gai spectateur assiste à son déboire. Un cardiaque fourbu tombe sur le chemin. Alors le geôlier charge ses camarades De trainer par les pieds le trop faible malade, Trouvant meilleur ainsl le supplice inhumain. N'étant jamais repus des suprêmes délices Que procure à leurs sens la souffrance d'autrui, Ils savent rappeler au moderne Aujourd'hui Ce que l'Age barbare inventa de supplices. Un jour leur cruauté deviendra sans objet. Travaillant pour la mort au visage livide, Chaque jour, un peu plus, le vaste camp se vide Perdant par extinction ses malheureux sujets. |
PRESTIGE DE L'UNIFORME L'amour de l'uniforme et des décorations Fut le péché mignon de Goering plein de graisse, Que de fois, rugissant et tremblant d'allegresse, Il se fit le plaisir de combler sa passion Chaque fois que lui vint quelque nomination, Il sut trouver assez de galon et de tresse Pour donner à son corps la magnifique ivresse D'être comme un Veau Gras de vastes proportions. Il allait tressaillant de tout son
ventre énorme, Comme il plaçait jadis du simili-champagne, Des pseudo-crus du Rhin, des vins sophistiqués, Il écoule auhourd'hui les articles truqués, La camelote ersatz que produit l'Allemagne. Voici les Amitiés où la haine se gagne, Et des pactes d'acier par la rouille attaqués, Et des axes tordus, et des accords plaqués Et des protektorats menant un peuple au bagne. Les fidèles clients grossièrement
trompés, LES CORBEAUX Comme un vol de corbeaux, une escadrille passe, Dont l'envol a violé de son vrombissement La pureté du ciel, l'azur du firmament Et la sérénité du clair et libre espace. Le carnage lui plaît comme un vautour rapace, Elle sème le deuil, la haine et le tourment, Pour imposer au monde un penser de dément: Murer la liberté au fond d'un sombre in-pace. L'asile, et l'ambulance, et l'hôpital détruits Au milieu du fracas, des éclats et des bruits, Et les trésors de l'art qui s'en vont en fumée, Les civils mitraillés et les corps des fuyards, Les cadavres d'enfants et les os des vieillards, Tout dit: Ici passa l'avion à croix gammée. LES HYENES Le sinistre histrion ayant pris le pouvoir Des mains d'un vieux gâteux son complice hypocrite, Il tua la pensée et chassa le mérite Avec la liberté, le goû et le savoir. Il fit interdiction de parler et de voir, La presse devint serve, et la parole écrite Evita désormais la phrase qui l'irrite, Et la passivité fut l'unique devoir. Quand le peuple allemand eut cet
aspect qui navre, Tu veux l'humanité courbée sous ta poigne, Tremblante a tes discours, vaincue par tes mots Et, te craignant encor plus que les pires maux, De ta divinité, tu veux qu'elle témoigne. Dans ton délire abject, a ce point anormal, Tu t'es voulu très grand par la grandeur du mal. Et pour mieux faire voir ici-bas ta puissance, Pour paraître très grand ,kolossal à l'excès, Tu fis un piédestal a ta sombre démence De tous tes crimes entassés. Tu déchaînas d'un mot l'atroce boucherie, Le massacre, et la ruine, et la désolation, Tu creusas des charniers au milieu des nations Pour que soient satisfaits ta hideuse hystérie, Ton sadique appétit de souffrance et de mort, Tes instincts rageurs d'homme qui se veut fort, Qui croit voir sur son front l'empreinte du génie, Qui veut voir ses excès enfin pris au sérieux , Quand elle a mérité, sa mégalomanie, Le cabanon des fous furieux. L'enfant ouvrant ses yeux au-devant de la vie, Le tendre nouveau-né, le bel ange innocent, L'écolier studieux, l'imberbe adolescent, Ceux dont le coeur est pur et dont l'âme est ravie, De qui, le père, hélas! mourra dans le combat, Se souviendront toujours que « Père est mort là-bas » . Ils sauront que tu fus l'unique responsable De l'atroce malheur pour lequel on les plaint, Et ton nom, pour toujours, deviendra haïssable, Maudit de tous les orphelins. Les femmes en grand deuil, portant des voiles sombres, De tristes fleurs aux bras, des larmes dans les yeux, Marchant regard à terre et le coeur vers les cieux, Qui n'ont plus de mari qu'au royaume des ombres, Et qui n'espèrent plus retrouver le bonheur Parce que leur époux est « Mort au Champ d'Honneur » Reconnaîtront .l'auteur de cette guerre infâme, Tuant pour mieux voler ,assassin et larron. Tu seras l'accusé que flétrira leur âme, Et les veuves te maudiront. Les mamans pleureront le fruit ,de leurs entrailles, Leur fils né de leur chair, leur seul bien, leur enfant, Leur vivante clarté, leur rayon triompbant, Qu'au sol auront couché tes sanglantes mitrailles. Et l'on verra leur oeil jamais sec de ses pleurs Au sujet de celui qu'enfanta leur douleur. Au ciel s'élèvera leur voix accusatrice Qui traduira tout haut ce que le coeur leur dit, Trouvant dans leur chagrin un mot qui te flétrisse. Des mères tu seras maudit. Fraîches comme des fleurs, que de filles nubiles Subiront sans remède un rude célibat, Parce que la mort fauche, tranche, abat, Les jeunes gens puissants, ardents, aimants, habiles. Tant et tant de fiancés qui s'en iront mourir, Tant et tant de futurs dans le sol vont pourrir ! Qu'il ne restera plus dans les coeurs que submerge Le désespoir, que haine en guise de passion. Ton souvenir sera, dans l'oraison des vierges L'objet de leur malédiction. Tous ceux qui reviendront vivants du cataclysme, Diminués de corps et de vitalité Sauront établir ta responsabilité, Ayant tenu pour nul l'hypocrite sophisme Par quoi tu te fis ange au milieu des démons. Parce qu'ils ont craché, sous les gaz, leurs poumons Parce qu'ils sont tombés sous les salves nourries, Parce que déchirés par les fils barbelés, Et qu'ils ont, grâce à toi, l'âme et la chair meurtries, Te maudiront les mutilés. Tu fus berger cruel car tu menas tes ouailles Comme un troupeau passif aux sanglants abattoirs. Mais lorsqu'arrivera pour toi l'ultime soir, Leurs mains t'étrangleront avant que tu t'en ailles Parce que tu l'auras privé de liberté, En lui, tué l'esprit pour la bestialité, Et réveillé la haine et clamé le mensonge, Ton peuple aura compris à quel point il erra. Et, t'ayant balayé comme on balaye un songe, Ton peuple aussi te maudira. Mogador Septembre - Octobre 1939 I. D. KNAFO. |