« Les sœurs C*** et leur mère recevaient avec cette hospitalité souriante si particulière aux dames de Mogador. Lorsqu'un hôte arrivait — et ce pouvait être aussi bien une lointaine cousine casablancaise en vacances qu'un nouveau directeur de la Banque Chérifienne du Commerce récemment nommé dans la ville —, il trouvait sur la table centrale du salon un assortiment de gâteaux faits maison, des baisers aux amandes, des tartelettes confectionnées avec ce révolutionnaire produit qui remplace le beurre et qu'on appelle margarine, des biscuits parfumés à la fleur d'oranger, des petits fours de pâte d'amande incrustée dans une datte. Les tasses de fine porcelaine, près desquelles des petites cuillers en vermeil étaient sagement rangées, attendaient d'être remplies de ce thé noir de Ceylan que Mme C*** imposait à ses invités. Lorsqu'un béotien demandait tout de même du traditionnel thé vert à la Marocaine, elle faisait un signe à la domestique qui apportait de la cuisine une théière ventrue et luisante, dans le style des étains de Fès. Et l'air du salon se trouvait tout embaumé des odeurs de menthe et de cette absinthe sauvage qu'on nomme chiba. »



Tea time chez les Sabbah(Coll. P. Benisty).
     (Coll. S. Levy-Corcos).